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mardi, 28 janvier 2020 16:47

La retraite : une conquête sociale

2020 01 28 NB Retraites

A écouter l'Exécutif, la réforme des retraites par points est la mère des réformes la plus importante de la seconde partie du quinquennat. Il se pourrait bien que cette réforme, mal engagée et imposée à la hussarde, laissera des traces profondes à moyen terme et sera l'un des enjeux centraux de la prochaine élection présidentielle. Je fais même le pari que l'ensemble des candidats proposeront l'abrogation de la loi portant sur la mise en œuvre de la réforme des retraites par points.

En attendant, l'avis récent du Conseil d'Etat est sans appel. Il dézingue la manière dont l'Exécutif a bouclé son projet de loi qui doit être examiné par l'Assemblée Nationale à partir du 3 février prochain: manque de précision, propositions financières lacunaires, étude d'impact insuffisante, délais de réflexion insuffisants pour garantir au mieux la sécurité juridique.

En ce moment charnière, la conférence sur l'équilibre et le financement du système des retraites pourrait s'avérer un marché de dupe car une seule question va dominer le débat, c'est celle de l'âge pivot qui pourrait être de nouveau introduit dans le projet de loi en cas de désaccord entre les partenaires sociaux.

En effet, l'âge d'équilibre, évoqué dans la lettre du Premier Ministre adressée aux partenaires sociaux, n'est-il pas le retour déguisé de l'âge pivot fixé à 64 ans pour toutes celles et tous ceux qui partiraient à la retraite dès 2022 ?

Cela pourrait ainsi alimenter de nouvelles contestations, d'autant que le projet de loi indique que l'âge d'équilibre pourrait augmenter jusqu'à 67 ans pour les générations nées dans les années 90.

Dans ce contexte social très dégradé, lié d'une part au caractère anxiogène de cette réforme car elle concentre les inquiétudes du pays touchant à un enjeu existentiel, d'autre part à l'entêtement de l'Exécutif et à la division syndicale, il n'y aura que des perdants.

L'Exécutif n'a pas mesuré l'ampleur de la colère car " la retraite d'aujourd'hui réalise le rêve du socialisme du XIXème siècle" selon Marcel GAUCHET (Historien et philosophe) : un revenu et des loisirs. J'y ajouterais, le sentiment d'être libre de toute contrainte.

C'est pourquoi, ce serait un pari plus que risqué que ce passage en force aboutisse sur fond d'un pays en désarroi.

Philippe COSTA,

Chargé du secteur "retraités" de l'UNSA Alimentation, Agriculture, Forêts

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